Promulguée le 19 novembre 2024 et pleinement applicable en 2026, la loi Le Meur est la réforme la plus significative de l'encadrement des meublés de tourisme depuis la loi ALUR. Elle modifie la fiscalité, le plafond de location en résidence principale, les pouvoirs des maires et les obligations de performance énergétique. Décryptage complet pour les propriétaires parisiens.

Contexte : pourquoi cette loi en 2024 ?

La tension locative dans les grandes métropoles françaises — Paris en tête — a atteint un point critique entre 2020 et 2024. Le parc résidentiel destiné à l'habitat a perdu environ 30 000 logements en quelques années au profit des meublés de tourisme, dans une capitale déjà en sous-offre. Face à ce constat, la proposition de loi portée par Annaïg Le Meur (Renaissance) et Iñaki Echaniz (Socialiste) a trouvé une majorité transpartisane inédite.

Pour les propriétaires, la loi constitue un durcissement significatif — mais aussi une opportunité de basculer vers des stratégies plus durables comme la moyenne durée en bail civil, souvent plus rentable après calcul.

Les cinq changements majeurs

1. Plafond résidence principale : 120 → 90 nuits

C'est la mesure la plus visible. La loi abaisse le plafond de location d'une résidence principale en meublé de tourisme de 120 à 90 nuits par an. La municipalité peut par ailleurs abaisser ce plafond jusqu'à 60 nuits par délibération motivée — option qu'aucune commune n'a encore activée à notre connaissance début 2026.

Les plateformes (Airbnb en tête) appliquent automatiquement ce compteur. Un dépassement est sanctionnable à hauteur de 15 000€ pour le loueur.

2. Fiscalité LMNP : abattement micro-BIC raboté

Avant la loi : l'abattement forfaitaire du régime micro-BIC était de 71 % pour les meublés de tourisme classés Atout France (et 50 % pour les non classés). La loi Le Meur l'aligne sur le régime commun de la location meublée :

Mécaniquement, la rentabilité nette du micro-BIC baisse. Le régime réel LMNP devient attractif pour une proportion croissante de propriétaires, notamment ceux avec des biens récemment acquis (amortissement substantiel).

3. Obligations DPE : progressivité jusqu'en 2034

Tout nouveau meublé de tourisme doit respecter un DPE minimum E dès 2026, D en 2028, puis C en 2034. Les biens déjà loués avant la loi bénéficient de délais étendus mais devront se conformer au cadencement.

Un propriétaire d'un bien classé F ou G doit donc anticiper des travaux énergétiques s'il veut maintenir son activité en courte durée au-delà de 2028.

4. Pouvoirs renforcés des mairies

Les communes peuvent désormais :

5. Contrôles et croisements de données renforcés

Les plateformes doivent désormais transmettre automatiquement à la DGFiP et aux communes les données des locations réalisées. Fini les propriétaires qui passent inaperçus — si un bien est loué, le fisc et la mairie le sauront.

Impact concret sur la rentabilité parisienne

Simulation sur un T2 parisien de 40 m² dans le 11e arrondissement :

StratégieAvant loi Le MeurAprès loi Le Meur
Courte durée (120 nuits)~14 400€ nets/an
Courte durée (90 nuits)~10 800€ nets/an
Moyenne durée (bail civil, 10 mois loués)~19 500€ nets/an~19 500€ nets/an
Longue durée (loi 89)~13 800€ nets/an~13 800€ nets/an

Le basculement vers le bail civil moyenne durée devient la stratégie dominante pour les biens en résidence principale ou avec changement d'usage. Voir notre guide complet du bail civil.

Ce que nous recommandons aux propriétaires

  1. Faire le point sur votre régime fiscal actuel. Micro-BIC ou régime réel ? La réforme peut faire basculer votre arbitrage. Un expert-comptable LMNP refait vos projections en 30 minutes.
  2. Vérifier votre DPE. Si vous êtes en F ou G, budget travaux à anticiper. Un audit énergétique coûte 300–500€ et permet de planifier.
  3. Réévaluer la stratégie globale. Une location en moyenne durée, jusqu'ici marginale, devient souvent plus rentable que la courte durée désormais plafonnée à 90 nuits.
  4. Mettre en conformité l'enregistrement. Numéro d'enregistrement à jour, annonces conformes, déclaration des revenus : les plateformes transmettent automatiquement, le fisc vérifie.

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Perspectives : que dire aux propriétaires qui hésitent ?

La loi Le Meur n'est pas la fin du modèle meublé. Elle en modifie les équilibres. La courte durée reste pertinente pour une minorité de biens (résidences principales occupées 9+ mois, biens classés, localisations ultra-touristiques). Pour la grande majorité des biens parisiens, la moyenne durée en bail civil est désormais le choix rationnel — rentabilité supérieure, conformité intégrale, stabilité.

La vague réglementaire est loin d'être terminée : enregistrement national attendu fin 2026, harmonisation européenne en discussion, projet de taxe spécifique sur les plus-values. Les propriétaires qui s'adaptent maintenant seront les mieux positionnés.